Un prêtre kidnappé décide de briser son silence et parle du calvaire des autres otages

Rares,  sont les personnes enlevées à Port-au-Prince qui décident de confier au grand public leurs calvaires lors de la période de captivité. Le révérend Père Jeanrilus Excellus s’est confié au Sant Karl Levêque.

Il s’appelle Père Excellus Jeanrilus.Il a été enlevé dans la matinée du mardi 25 janvier 2022 devant les locaux de l’église dirigée par le Pasteur Chéry à l’avenue Martin Luther King (Nazon). Il s’apprêtait à dire sa messe matinale chez les sœurs de Saint Yacinth, à Pétion-ville. Il est un prêtre spiritain et un avocat régulièrement inscrit au barreau de Port-au-Prince. Le prêtre dit avoir passé trois jours sans eau ni nourriture. Pour survivre, il a été contraint de s’abreuver de sa propre urine.

Selon des informations dont dispose le SKL, il existe à Nazon, particulièrement à la rue Dr Broiun Ricot, un informateur à la solde de bandes armées qui fournit à ses collaborateurs des indications sur le fonctionnement des habitants de ladite zone, afin de planifier et procéder à leurs enlèvements.

Dans son rapport, le SKL note que dans cette même semaine, la bande armée qui opère dans la commune de Croix-des-Bouquets, a procédé à l’enlèvement du révérend Père diocésain Etienne Belneau, une personnalité qui se passe de présentation dans la communauté religieuse haïtienne pour avoir été prêtre à l’Archidiocèse de Port-au-Prince et en 2005, responsable de la Paroisse de Fonds Verrettes.

Dans ce rapport cet organisme de défense des droits humains évoque d’autres cas d’enlèvements. « Un camion forward de couleur blanche grimpait le morne de GOC en détresse, feignant d’être surchargé de marchandises. Le prêtre Jeanrilus tentait de devancer la voiture afin d’arriver à temps chez les sœurs pour délivrer son message à ses fidèles alors que le chauffeur du camion manœuvrait pour empêcher la voiture du prêtre de le devancer. Tout à coup, une Toyota de couleur blanche ainsi qu’une Nissan Patrol de couleur verte et blanche surgissent et grimpent à leur tour la pente, et ce, en se plaçant par devant le véhicule du révérend Père Jeanrilus, l’obligeant à s’immobiliser. A ce moment précis, le chauffeur du camion a accéléré. Un contingent de bandits lourdement armés ont pointé leurs arsenals sur la voiture du prêtre tout en lui intimant l’ordre de descendre la voiture (si w bouje n ap tire w). De là, après avoir enlevé le prêtre, les kidnappeurs ont pris l’itinéraire de Lalue, passant par devant les locaux centraux de l’Unité Départementale de Maintien de l’Ordre (UDMO) et empruntant la rue St Honoré à quelques mètres du palais national pour se rendre à Grand Ravine lit-on dans le rapport du SKL.

Un cas similaire s’est produit le même jour dans la soirée aux environs de 18 heures 15, à la rue Dr Broiun Ricot. Les kidnappeurs ont enlevé un couple en utilisant le même procédé. Arrivés à Grand Ravine, une localité occupée par un groupe armé connu pour sa cruauté, les ravisseurs ont mis le prêtre sur un drap sale et ayant une odeur nauséabonde. Ils lui ont menotté les deux bras en avant, il est resté dans cette position pendant neuf jours.

Huit personnes enlevées ont été  entassées dans une seule chambre, parmi eux le couple susmentionné. Quatre jours après leur enlèvement, les ravisseurs ont donné de l’eau à la femme dans un récipient ayant la capacité d’un millilitre d’eau pour qu’elle puisse se laver. La dame a refusé l’eau, les autres otages qui l’accompagnaient, sans avoir la moindre idée de la provenance de l’eau, se la partagent en la rationnant entre eux de façon à ce qu’ils puissent résister aux conditions inhumaines auxquelles ils ont été assujettis.

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