Idées

La Gauche et la Droite pour les nuls (Partie 1)

Droite et Gauche : un débat sans frontières, pour reprendre Alain Noel. Les idées charriées par ce couple ont des racines jusque dans la philosophie antique, mais la notion même du clivage Droite-Gauche telle qu’elle est conceptualisée, c’est-à-dire, la façon dont elle structure le débat politique, ne remonte qu’au 18e siècle, précisément dans l’assemblée française. Les partisans du roi siégèrent à droite, et les opposants, à gauche. Depuis, ce débat allait devenir une ligne de partage universelle.

 

La Gauche et la Droite pour les nuls (Partie 1)

La Droite et la Gauche reposent sur deux ontologies différentes. L’une a une vision pessimiste de l’individu, considéré comme étant animé et motivé par l’égoïsme, la jalousie, la cupidité. – Un être foncièrement mauvais, parce que dominé par la rivalité, l’envie et la peur. Sans un gouvernement autoritaire, les hommes lui apparaissent condamnés à vivre dans un état de guerre permanente, où tout homme serait ennemi de tout homme. D’où la nécessité d’un État fort pour protéger la propriété privée, éternellement menacée pour des raisons susmentionnées.

 

La Gauche, repose sur une anthropologie plutôt optimiste de la nature humaine- l’homme est ainsi considéré comme un être plein de bienveillance, de générosité et de bonté. Dans cette perspective, la propriété privée n’était que vol et usurpation, et se trouvait à l’origine de tout ce qui était corrompu dans la société (Noël, 2010. P41). Pour la Gauche, les problèmes viennent plutôt de l’organisation de la société, qui engendrent des inégalités et peut corrompre le caractère des individus. Seules les solutions collectives et publiques sont susceptibles de répondre adéquatement à des problèmes qui sont sociaux(ibid.)

 

Ainsi, l’État doit évidemment empêcher la violence et le vol, la prévention étant préférable à la répression, mais il doit également instaurer l’égalité des chances, offrir une protection contre les risques sociaux et redistribuer les revenus pour contrer les dangers de l’économie de marché. Au point de vue ontologique, le sujet de la droite est un sujet hobbesien et celui de la Gauche, un sujet rousseauiste.

 

La droite défend des valeurs de liberté. Puisque la liberté est fondamentale pour la droite, l’État doit être de moins en moins présent pour ne pas se révéler un obstacle à l’expression de la liberté individuelle. La démarche du néo-libéralisme est une démarche de Droite.

 

Le néolibéralisme, faut-il le souligner en passant, désigne le courant de pensée et de politiques économiques qui s’est implanté à partir de la fin des années 1970 en grande bretagne et aux État- unis, pour se généraliser à l’échelle mondiale au cours des deux décennies suivantes et régner dès lors en maitre absolu, prétendant soumettre toute l’activité économique et sociale aux seules lois du marché. Ses mots d’ordre sont : libéralisation complète des échanges de marchandises et des mouvements de capitaux, rationalisation, flexibilité du marché, globalisation, rôle minimal de l’état, hégémonie du secteur privé, réglementation minimale. (Gill, 2002, p9).

 

Alors que la gauche défend l’égalité. Ainsi, la Gauche est à l’avant-garde d’un État socialiste. C’est pourquoi, elle prône, la réduction des inégalités sociales, l’éradication totale des inégalités (s’il s’agit de la gauche radicale), la redistribution des richesses acquises et détenues par la classe possédante, donc la justice sociale.

 

Si la droite pousse les individus à la concurrence, à l’initiative individuelle, la Gauche prime la collectivité comme valeur suprême de l’État. L’individu doit s’épanouir dans la collectivité.

 

Cependant, cette catégorisation binaire a des limites spatio-temporelles. Car au risque de vouloir essentialiser le clivage Gauche/Droite, on exclut toute possibilité de variation dans son déploiement dans le temps et dans l’espace. C’est pourquoi certaines spécialités considèrent en fait qu’il vaut mieux ne pas définir ces deux termes, parce qu’il s’agit de notions floues qui ont certes leur usage dans la vie politique, mais n’ont pas de légitimé scientifique et sont de peu d’utilité, même pour la description.

 

Dans cette perspective, le recours aux notions de Gauche et Droite comme conceptions analytiques présente deux problèmes majeurs. D’abord, ces notions recouvrent un large éventail de positions politiques qui varient dans le temps et dans l’espace. Ensuite, même à une époque et dans un lieu donné, les notions de Gauche et Droite restent relatives. On est toujours plus à Gauche ou plus à Droite qu’un autre (Noël, 200, p260). Cette approche est déjà sujette à de nombreuses contestations, parce que la Gauche et de la Droite constituent un fait social authentique que l’on peut difficilement ignorer, ne serait ce parce que les gens croient collectivement en l’existence de l’argent, la souveraineté et des droits, et agissent en conséquence.

 

Donc, le clivage gauche/droite reste et demeure les catégories analytiques les plus structurantes du débat politique contemporain. Ce clivage, traverse les frontières géographiques. De l’orient à l’occident, il intègre le débat politique, jusqu’à enflammer les passions les plus folles, et engage des oppositions les plus fortes entre conservateurs, réformateurs ou révolutionnaires, ou entre bourgeoisies et masses populaires, ou bref entre ceux ou celles qui acceptent le statut quo, tel qu’il est, et celles ou ceux qui décident de se battre pour le changer. Et vous, de quel côté, vous vous situez : à gauche ou à droite du roi- si vous me permettez cet anachronisme Ɂ

 

Références

 

Gill. L. (2002). Le néolibéralisme. Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM.

 

Noël, A., Thérien J. (2010). La Gauche et le Droite : un débat un sans frontières. Champ libre.

 

PS Ce texte s’adresse à des élèves du secondaire, qui sont intéressés à la chose politique. Il entend participer d’une démarche à la formation politique des jeunes, ou à une forme d’éducation à la citoyenneté. En effet, sans une connaissance minimale des outils théoriques de la politique et de l’État en général, les jeunes ne pourront pas participer au débat politique, ni faire des choix éclairés pour la bonne marche et l’avenir de la démocratie. Ce texte est le début d’une série de textes que nous allons proposer aux jeunes pour qu’ils puissent mieux saisir les phénomènes politiques et mieux agir en conséquence pour les temps à venir.

 

JWD

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