Haïti : la BRH écarte tout retour à la croissance économique en 2026 malgré des indicateurs encourageants

Le retour à la croissance économique ne sera pas au rendez-vous cette année en Haïti. C’est le constat dressé par le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Ronald Gabriel, lors d’une conférence de presse du Conseil d’administration de l’institution tenue le mardi 21 juillet 2026 à Delmas 60. Cette rencontre visait à présenter la conjoncture économique du pays ainsi que les principales orientations de la politique monétaire.
S’appuyant sur les projections du Fonds Monétaire International (FMI), du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), de la BRH et de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), le gouverneur a annoncé qu’à la fin de l’exercice fiscal en cours, le produit intérieur brut (PIB) devrait enregistrer une contraction comprise entre 1,5 % et 1,7 %, confirmant ainsi l’absence de reprise économique.
Selon Ronald Gabriel, plusieurs facteurs, tant externes qu’internes, continuent de freiner la relance de l’économie. Sur le plan international, il a évoqué les tensions géopolitiques, le resserrement des conditions financières mondiales ainsi que le durcissement des politiques migratoires dans certains pays partenaires, autant d’éléments qui affectent Haïti en raison de sa forte dépendance aux importations et aux transferts de la diaspora. À ces contraintes s’ajoute, sur le plan national, la persistance de l’insécurité, qui continue de peser sur l’ensemble des activités économiques.
Malgré ce contexte difficile, le gouverneur a souligné plusieurs évolutions positives. L’inflation poursuit sa décélération, passant d’un sommet de 32 % en novembre 2025 à un niveau inférieur à 20 % en mai 2026. Il a toutefois précisé qu’il ne s’agit pas d’une baisse des prix, mais d’un ralentissement de leur rythme d’augmentation, tout en reconnaissant qu’un taux d’inflation de 20 % demeure élevé.
Autre indicateur jugé favorable : la stabilité du taux de change. Depuis près de trois ans, le dollar américain s’échange autour de 131 gourdes, une situation qui contribue à améliorer la prévisibilité des acteurs économiques et à favoriser les décisions d’investissement.
La BRH se réjouit également du renforcement des réserves internationales. Les réserves internationales nettes de change atteignaient 1,9 milliard de dollars américains en mai 2026, tandis que les réserves brutes s’élevaient à 3,5 milliards de dollars, soit l’équivalent de huit mois d’importations. Ronald Gabriel a rappelé que le FMI recommande un niveau couvrant au moins trois mois d’importations pour permettre à un pays d’amortir les chocs extérieurs.
Le gouverneur a par ailleurs tenu à rassurer sur la solidité du système bancaire haïtien. Selon lui, celle-ci demeure fiable, résilient, suffisamment capitalisé et ne présente aucun problème de liquidité. Les principaux indicateurs prudentiels continuent de respecter les exigences réglementaires.
Il a également mis en avant l’amélioration de la qualité du portefeuille bancaire. Le taux de prêts improductifs est passé de 13 % à 8,4 %. Concernant les moratoires accordés aux entreprises, Ronald Gabriel a rappelé que, durant l’exercice 2023-2024, 225 prêts représentant un encours de près de 21 milliards de gourdes avaient bénéficié de cette mesure. Environ 82 % de ces prêts ont été reconduits au cours de l’exercice 2024-2025. Après la révision de la circulaire en 2026, 75 moratoires sont actuellement en vigueur au profit de 59 entreprises débitrices.
Sur le plan des finances publiques, le gouverneur a reconnu que le plafond de 16 milliards de gourdes de financement monétaire fixé avec le FMI dans le cadre du Staff Monitored Program (SMP) a été temporairement dépassé. Il a toutefois indiqué que le ministère de l’Économie et des Finances travaille à ramener ce financement au niveau convenu d’ici la fin du mois de septembre. Il a expliqué que ce recours au financement monétaire s’explique par l’insuffisance des recettes publiques, dans un contexte de ralentissement économique, alors que les dépenses sociales de l’État demeurent importantes.
Ronald Gabriel a également souligné que le pays continue de faire face à un déficit commercial structurel. Celui-ci s’établit actuellement à 12,47, conséquence d’importations toujours élevées et d’exportations en baisse.
En revanche, les transferts sans contrepartie de la diaspora poursuivent leur progression. Entre octobre 2025 et mai 2026, ils ont augmenté de 15,5 % par rapport à la même période de l’exercice précédent, pour atteindre 3,4 milliards de dollars américains.
Évoquant les perspectives, le gouverneur a annoncé la poursuite du projet de digitalisation des paiements électroniques ainsi que l’extension de la présence de la BRH dans les régions. Déjà implantée à Port-au-Prince et dans le Nord, l’institution prévoit d’ouvrir une nouvelle représentation dans le Sud du pays. Il a également annoncé le lancement d’un nouveau volet du programme Booster, destiné à soutenir les initiatives économiques.