Haïti/Crise Politique: la plateforme VoCoGraS-RP propose une dernière transition de 18 mois

La plateforme « Voix Collégiale du Grand Sud et de la Région des Palmes » (VoCoGraS-RP) a présenté sa proposition de sortie de crise politique à travers un document transmis à la rédaction du journal Le FiletInfo.
Regroupant des partis politiques, des organisations de la société civile et des structures socioprofessionnelles, la plateforme estime que le moment est venu de placer les intérêts supérieurs de la Nation au cœur d’une dernière transition politique, d’une durée maximale de 18 mois.
Cette transition, conforme aux dispositions de l’article 149 de la Constitution haïtienne relatif à la vacance présidentielle, serait dirigée par un Premier ministre, assisté d’un Conseil des ministres, avec pour objectif principal le rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Un diagnostic sévère de la conjoncture actuelle
Dans son analyse de la situation politique depuis le 7 juillet 2021, la VoCoGraS-RP dresse un bilan critique des 56 mois écoulés sans retour à la normalité constitutionnelle.
Elle souligne que, durant les 14 derniers mois, ni le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ni le gouvernement — composé en grande partie de directeurs généraux, de secrétaires d’État et de ministres issus d’une cinquantaine de partis et organisations politiques — n’ont réussi à établir de manière consensuelle les bases des trois priorités essentielles, à savoir :
la sécurité ;
les réformes constitutionnelles et institutionnelles ;
l’organisation d’élections crédibles.
Selon la plateforme, cet échec s’explique notamment par les lourdeurs décisionnelles liées à la structure même du CPT.
Avec ses neuf membres, le processus décisionnel se heurte à une multiplicité de points de vue jusqu’à 510 combinaisons possibles, selon une analyse probabiliste rendant difficile, voire impossible, l’adoption de résolutions consensuelles. Une situation qui exige, selon elle, une maturité politique rarement réunie dans de telles configurations.
Vers la caducité du CPT après le 7 février 2026
À l’approche du 7 février 2026, date à laquelle le CPT est censé remettre le pouvoir à un président élu, la plateforme estime qu’aucune autre issue n’est envisageable que la caducité du mandat du CPT, conformément à l’Accord du 3 avril 2024.
Elle préconise qu’au lendemain de cette date, l’actuel gouvernement assure la gestion des affaires courantes de l’État, en attendant la mise en place d’un gouvernement de consensus, composé de technocrates compétents, chargés de finaliser le processus électoral.
Une nouvelle transition encadrée et contrôlée
Conformément à l’article 149 de la Constitution, la VoCoGraS-RP propose qu’une nouvelle transition soit dirigée par un Premier ministre et son Conseil des ministres, issus d’un large consensus inclusif, tenant compte des revendications nationales et régionales.
Pour garantir l’atteinte des objectifs dans les délais impartis, la plateforme insiste sur la nécessité d’une feuille de route claire, d’un calendrier d’exécution précis et d’une durée de mandat clairement définie.
Afin d’éviter les dérives observées lors des transitions précédentes marquées par l’improvisation, les retards décisionnels et l’absence de reddition de comptes elle recommande la création d’une instance spéciale de suivi de la transition.Sans se substituer aux institutions existantes telles que l’ULCC, la CSC/CA, l’UCREF, la CNMP ou l’IGF-MEF, cette structure serait chargée d’un contrôle continu, périodique et systématique de la mise en œuvre de la transition.
Attributions
Cette instance aurait pour principales missions de :
formuler des recommandations sur la conformité des décisions et des politiques publiques ;
produire des évaluations régulières de l’état d’avancement de la transition ;
identifier les déviations, retards ou manquements susceptibles de compromettre les objectifs fixés ;
proposer des mesures correctives, à caractère obligatoire ou contraignant, selon le cadre juridique retenu.
Composée de représentants indépendants de la société civile, sélectionnés sur la base de critères de compétence, d’intégrité et de représentativité, cette structure exercerait ses fonctions en toute impartialité et sans ingérence politique.
Priorités stratégiques de la transition
La plateforme recommande notamment :
la mise en place, avec l’appui de partenaires nationaux et internationaux, d’un processus de vetting au sein de la Police Nationale d’Haïti (PNH), en particulier dans les unités spécialisées, accompagné d’une professionnalisation accrue et de la création d’académies de police régionales (Sud, Nord et Centre) ;
le renforcement et la restructuration des Forces Armées d’Haïti (FAd’H) pour faire face aux défis sécuritaires, climatiques et humanitaires, à travers la dotation en moyens opérationnels modernes, l’utilisation des NTIC, une stratégie claire de dépenses publiques et la création d’une académie militaire nationale ;
le traitement global de la problématique carcérale, notamment la lutte contre la détention préventive prolongée par la mise en place d’une commission judiciaire spécialisée ;
le refus de toute négociation avec les groupes armés criminels, tout en mettant en œuvre des programmes de réinsertion sociale en faveur des enfants et jeunes enrôlés de force ;
la sollicitation de l’entraide judiciaire internationale afin de poursuivre les réseaux et individus finançant la criminalité organisée ;
l’engagement de réformes institutionnelles prioritaires, notamment à l’ONI, dans le système judiciaire et dans la chaîne sécuritaire, avec un appui renforcé aux collectivités territoriales ;
l’élaboration d’un agenda électoral réaliste et consensuel, en concertation avec la société civile, les acteurs politiques et les partenaires internationaux tels que l’OEA, la CARICOM et l’ONU ;
la définition d’un agenda gouvernemental clair, assorti de feuilles de route par ministère et par organisme autonome, fondé sur un calendrier d’exécution précis.
Transmission officielle
Cette proposition, portant les signatures de Edouard Guito, Geneste Jean David, Dominique Alex, Lajeunesse Guerlane et Bogile Garry, a été officiellement acheminée au Conseil Présidentiel de Transition et au premier ministre AlixDidierFils-Aimé.