Idées

Déclaration de patrimoine: quand l’instruction sert d’alibi à l’opacité 

La déclaration de patrimoine devrait être un acte banal pour toute personne aspirant à exercer le pouvoir public.

Dans une démocratie minimale,elle est une exigence morale,politique et républicaine.Pourtant,en Haïti elle est devenue un sujet de controverse,non pas à cause de sa complexité,mais à cause du profil de ceux qui la refusent.

IL est frappant de constater que ce refus émane de personnes dites instruites:universitaires,technocrates,juristes,économistes,anciens cadres d’institutions nationales ou internationales.

Ces individus maitrisent le langage du droit,de la gouvernance et de la réforme de l’État,mais se montrent incapables d’assumer l’un des principes les plus élémentaires de la gestion publique:la transparence.

Ce paradoxe révèle une vérité dérangeante.En Haïti , l’instruction est trop souvent réduite à l’obtention de diplômes,sans ancrage dans une culture éthique et civique.Ces aspirants au pouvoir savent parler de démocratie,mais refusent ses contraintes.Ils invoquent la vie privée,l’insécurité,ou la faiblesse des institutions pour justifier leur rejet de la déclaration de patrimoine,comme si ces arguments les plaçaient au-dessus de la loi et du citoyen ordinaire.

Or nul ne contraint un individu à briguer une fonction publique.Le pouvoir n’est pas une obligation,encore moins un droit naturel.Il est un choix.Et ce choix implique des renoncements,notamment celui d’une partie de l’opacité personnelle.Refuser la déclaration de patrimoine tout en aspirant à gouverner revient à vouloir les privilèges du pouvoir sans en accepter les devoirs.

Plus grave encore,ce refus trahi une conception patrimoniale de l’État.Ceux qui s’y opposent craignent moins l’exposition de leurs biens que la remise en question d’un système oú l’enrichissement personel accompagne l’exercice des fonctions publiques.Leur instruction devient alors un outil de justification,un vernis intellectuel destiné à l’égitimer l’inacceptable.

Dans un pays ravagé par la corruption,la pauvreté,et la défiance généralisée envers les dirigeants la déclaration de patrimoine devrait être un geste fort,un signal de rupture.

La refuser,c’est s’inscrire dans la continuité d’un ordre politique fondé sur l’impunité et la confusion entre interêts privés et biens publics.

En réalité ceux qui refusent la déclaration de patrimoine démontrent qu’ils maitrisent les codes du discours,mais non les exigences morales du service public.Ils sont instruits, certes mais d’une instruction incomplète,amputée de conscience civique.Le savoir sans éthique devient alors un outil de domination plutôt qu’un levier de progrès collectif.

Dans un pays comme Haïti, marqué par des décennies de prédation et de mauvaise gouvernance,la déclaration de patrimoine devrait être perçue non comme une menace mais comme un acte de rupture avec les pratiques du passé.Refuser ce exercice ,c’est envoyer un message clair :celui d’un attachement à l’impunité et à la confusion entre biens publics et interêts privés.

En définitive,la question n’est pas de savoir si les aspirant au pouvoir sont instruits au sens académique,mais s’ils sont suffisamment formés moralement pour comprendre que le pouvoir n’est pas un privilège mais une charge.

Là où la déclaration de patrimoine est rejetée,l’instruction s’arrête aux diplômes,et la démocratie recule.

Ainsi ceux qui aspirent au pouvoir tout en rejetant la déclaration de patrimoine ne prouvent pas leur intelligence politique,mais leurs limites morales.Ils sont instruits certes,mais d’une instruction froide,déconnectée du sens de l’État et du bien commun.

Et une société gouvernée par des instruits sans éthique est condamnée à répéter ses échec.

Pour finir

« Refuser la déclaration de patrimoine c’est choisir l’ombre contre la Republique ».

 

« La confiance du peuple se mérite par la clarté,non par le silence.

 

« Sans déclaration de patrimoine,il n’y a ni exemplarité,ni État de droit ».

 

Par: Sherley Louis

Analyste politique

Formatrice Senor en Gouvernance de l’Etat.