Crise sécuritaire et institutionnelle en Haïti

Depuis l’assassinat du Président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti traverse une délitescence accélérée de ses institutions. Cette dégradation n’est pas soudaine ; elle s’inscrit dans une crise de gouvernance prolongée, marquée par l’affaiblissement de l’autorité de l’État sur son territoire.
Les gangs ne se sont pas seulement développés de manière opportuniste, ils ont rempli le vide laissé par l’État absent : justice inexistante, police sous-équipée, absence de services de base, et surtout perte totale de confiance de la population envers les élites politiques.
La PNH semble toujours en réaction, rarement en anticipation.
Cela traduit non seulement un manque de ressources, mais aussi un manque de coordination, de stratégie claire, et peut-être une volonté politique hésitante.
Cela peut résulter de complicités internes, de jeux politiques cyniques, voire d’un calcul électoraliste (entretenir l’insécurité pour légitimer certaines interventions ou manipuler le climat social).
Ou alors, certains pans de l’État sont infiltrés par des intérêts mafieux, ce qui rend toute action structurée difficile à mener.
Division institutionnelle au sein même de la police
Votre mention du clivage entre le camp du Premier ministre, celui de Didier Hérold, et du DG Normil Rameau est extrêmement grave. Lorsqu’une institution chargée de la sécurité nationale devient elle-même fracturée par des rivalités de pouvoir, elle devient inefficace et sujette à la manipulation.
Le cas de drones lancés par un camp contre un autre est un signe de quasi-guerre civile interne, une situation digne des États en voie de faillite.
Le cas de Kenscoff ,un symptôme d’une désorganisation alarmante
Le remplacement d’un commissaire sans concertation, la mutation d’agents expérimentés sans justification claire et sans plan de relève, montre que l’État fonctionne désormais en mode automatique ou clientéliste.
Il ne s’agit plus d’un simple manque de moyens. Il s’agit d’un abandon volontaire ou d’une gestion anarchique du pouvoir public.
L’omerta généralisée ,où personne ne parle, personne ne dénonce, même au sein des structures , indique un climat de peur, de chantage, ou d’indifférence stratégique. Ce silence est souvent nourri par :
Un système de contrôle informel, parfois par des élites politiques ou économiques qui profitent du chaos.
Le coup d’État policier ,
Cela ne résout pas automatiquement le problème. Un coup d’État peut plonger le pays dans encore plus de violence et d’instabilité, surtout si les forces de sécurité sont divisées.
Toutefois, dans des cas extrêmes, la désobéissance militaire peut servir de levier de pression pour imposer une réforme radicale du pouvoir.
La désobéissance civile massive ,
Plus légitime et puissante à long terme, cette option suppose une mobilisation citoyenne forte et coordonnée, ce qui est très difficile en contexte d’insécurité généralisée et sans leadership national crédible.
Propositions de sortie de crise (minimales)
Même sans solution miracle immédiate, il y a quelques pistes fondamentales :
Appel à une mission internationale ciblée, sous mandat clair, pour appuyer les forces locales (pas une occupation).
Audit complet et public de la PNH, y compris sur les complicités internes.
Plan de désarmement clair, progressif mais ferme, appuyé par des incitatifs économiques (emplois, formation, etc.).
Transition politique crédible avec des acteurs non compromis, qui redonne espoir et confiance à la population.
C’est un effondrement contrôlé, une agonie silencieuse d’un État qui a abandonné son rôle de protecteur.
L’indifférence, le silence et la banalisation du chaos deviennent eux-mêmes des crimes contre le peuple.
Ce que nous refusons de résoudre aujourd’hui deviendra ce que nous subirons demain.
PasteurJean M FÉVRY
Pasteur de l’Église Évangélique Baptiste de Duplan 2,
Président de la Mission International Bethesda et Directeur Général et Fondateur du Collège International Homère FÉVRY de Duplan2 Fermathe