L’affaire Thélyson Orélien : défense de la littérature ou jalousie ?

Nous vivons l’une des périodes les plus sombres de l’histoire littéraire, une période où l’immigration est également perçue comme une maladie par certains dirigeants à travers le monde.
C’est dans ce contexte que le roman C’était ça ou mourir, écrit par Thélyson Orélien, a remporté, entre autres, le prix du Roman Fnac, avant d’être retiré de la première sélection du prix Goncourt par l’Académie Goncourt, à la suite d’une accusation de plagiat.
Dans son roman, l’auteur décrit la misère des migrants, notamment celle des migrants haïtiens. Chantal Guy, dans le journal La Presse, rapporte avec passion ce qu’elle lit dans cet ouvrage : « Un migrant qui passe une frontière, c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. »
Cette phrase, à elle seule, suffit, selon certains, à susciter la colère de ceux qui revendiquent un système fondé sur le racisme et la haine du progrès des migrants.
Afin que nul n’en ignore, ce n’est pas la première fois qu’un écrivain noir se retrouve au cœur d’une controverse de cette nature. En 1968, Yambo Ouologuem, un écrivain malien, a publié un livre intitulé Le Devoir de violence. Son ouvrage a reçu le prix Renaudot, mais a été accusé de plagiat après l’attribution de cette récompense. L’histoire est un perpétuel recommencement. L’affaire Thélyson Orélien vient, semble-t-il, raviver cette question.
Le 25 septembre 2026, un certain Samuel Fitoussi, se déclarant membre d’un projet collectif appelé « Balance ton Claude », a accusé l’auteur haïtiano-canadien d’avoir largement utilisé l’intelligence artificielle dans la rédaction de sa plus récente œuvre.
Pour information, il faut préciser que l’accusateur, Samuel Fitoussi, est un essayiste et chroniqueur qui a notamment publié Woke Fiction en 2023 et Pourquoi les intellectuels se trompent en 2025, sans avoir remporté de prix pour ces œuvres. Il affirme avoir agi par inquiétude pour l’avenir de l’écriture face à l’IA et soutient que le thème du roman d’Orélien n’a pas motivé sa démarche. On pourrait donc voir en lui un défenseur désintéressé de la littérature. « Je redoute qu’après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l’écrit, l’IA provoque la disparition de la lecture et de l’écriture », écrit-il sur son compte X, le 25 septembre 2026.
La curiosité oblige à poser certaines questions. Quelqu’un a-t-il, par hasard, déjà soumis les œuvres de l’accusateur d’Orélien à un test d’IA ? Ou, par honnêteté intellectuelle, l’accusateur lui-même a-t-il déjà soumis ses propres œuvres au même exercice ? L’a-t-il également fait pour les autres œuvres retenues par le Goncourt, au nom de cette même défense de la littérature ? Si oui, pourquoi seul le résultat du test d’IA concernant l’œuvre d’Orélien a-t-il été rendu public par « Balance ton Claude » ?
Une autre question mérite d’attirer notre attention : qu’est-ce qui motivait cet homme, relativement peu connu du grand public, à porter une accusation aussi lourde ? Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui, le buzz constitue un moyen efficace de se faire connaître à travers les réseaux sociaux. Je n’ai pas vérifié cette information, mais certains affirment que le compte de l’accusateur compte relativement peu d’abonnés. Cherchait-il à profiter de cette affaire pour se faire connaître, gagner des lecteurs et attirer l’attention sur lui ? Voulait-il effectivement défendre la littérature ou agissait-il par jalousie ? À ce stade, rien ne permet d’établir quelles étaient réellement ses motivations.
De plus, l’attitude du jury qui a décerné le prix soulève de sérieuses interrogations. D’abord, pourquoi n’a-t-il pas vérifié le contenu du livre d’Orélien avant que son choix ne soit définitif ? A-t-il vérifié le texte de tous les autres prétendants ?
Pourquoi le livre a-t-il été retiré de la liste seulement après que le jury a été informé d’un prétendu plagiat signalé par un certain Fitoussi ? Et ce dernier, qui est-il pour remettre en question le travail et le jugement d’un jury constitué de professionnels du monde littéraire ? Devrait-on remettre en question la compétence des personnes qui le composent ou les mécanismes utilisés pour décerner les prix, notamment le prix Goncourt, jusqu’alors considéré comme l’un des plus prestigieux de la littérature française ?
Un tel comportement risque, en effet, d’avoir des conséquences sur la réputation du prix à l’avenir. D’ailleurs, Chantal Guy le reconnaît lorsqu’elle écrit dans La Presse du 25 septembre 2026 : « Ce scandale est une catastrophe pour la réputation de Boréal et de Grasset, et un immense wake-up call pour tout le milieu de l’édition. »
Il est important de souligner qu’à ce jour, je ne dispose pas d’informations suffisantes pour affirmer qu’un travail minutieux a été réalisé afin d’établir les faits et de rétablir la vérité. Pour l’instant, les interrogations de beaucoup restent sans réponse.
Par ailleurs, les accusations de plagiat visant l’écrivain Thélyson Orélien sont loin d’avoir été élucidées. Certains évoquent un passé douteux de l’auteur, ce qui reste à vérifier. D’un côté, beaucoup de personnes continuent de se procurer son livre et bon nombre d’entre elles ne tarissent pas d’éloges sur la qualité de son travail et l’authenticité de certains faits et événements qui y sont racontés. De l’autre, des personnalités du monde intellectuel élèvent la voix pour remettre en question la fiabilité des détecteurs d’IA, notamment Pangram, que Fitoussi dit avoir utilisé pour évaluer C’était ça ou mourir et pour détecter d’éventuels emprunts ou similitudes, alors que des livres et des thèses publiés bien avant l’existence de ces outils auraient eux aussi été signalés comme présentant les mêmes caractéristiques.
Curieusement, Fitoussi n’hésite pas à montrer son profond attachement à la défense de l’humanité en défendant la littérature lorsqu’il écrit sur son compte X : « La lecture d’un roman rédigé par un humain le lie à […] ses semblables. » Ainsi, dénonce-t-il l’utilisation de l’IA dans l’écriture d’une œuvre littéraire au nom d’un « pacte moral » et de la loyauté qui devraient caractériser les liens entre l’écrivain et son lectorat. Il affirme également que « ce qui comble, dans la lecture d’un bon roman, voire d’un essai, n’est pas uniquement le fait de lire une suite de mots intéressante (même si cela compte !), mais aussi le fait de lire des mots qu’un autre humain a pensés, pesés, qui reflètent sa subjectivité et sa singularité ».
Pourtant, ce même Fitoussi semble accorder une grande confiance aux capacités d’une IA comme Pangram, davantage qu’aux compétences humaines, notamment à celles du jury du Goncourt. C’est donc le même individu, fervent défenseur de l’humain, qui déclare : « Je chéris donc l’existence de Pangram (entreprise dans laquelle je ne suis pas investisseur, même si cette théorie est amusante), tout en redoutant que le logiciel soit dépassé par les progrès des modèles. » Il remercie également « tous les médias […] qui ont fait un travail d’enquête honnête et rigoureux pour établir la fiabilité de Pangram ». Quel contraste !
En fin de compte, si vous n’avez pas encore lu l’œuvre, vous êtes invités à vous la procurer et à vous plonger dans cet univers, en vous laissant emporter par la cadence des mots, la force de ses images et la révélation de la réalité du terroir. Un voyage captivant vers le pied du mur.
Ne vous laissez pas piéger par un quelconque mythomane qui veut se prendre pour le Pic de la Mirandole.
Dans l’intervalle, il faut se poser la question de savoir qui jouera le rôle d’arbitre entre Thélyson et Samuel. Car, si rien n’est fait, quelqu’un peut aller se coucher et se réveiller le lendemain avec sa vie bouleversée par le simple tweet d’une personne quelconque.
Une commission d’éthique devrait être constituée pour se pencher sur cette affaire, car c’est peut-être l’avenir de tous les écrivains qui est en jeu.
Onyl Gédéon
Pasteur, professeur, auteur
Coach en finance et développement personnel