Déportations massives et violations des droits des ressortissants haïtiens : Défenseurs Plus appelle à une réponse urgente

Le Collectif Défenseurs Plus tire la sonnette d’alarme face à l’augmentation des rapatriements de ressortissants haïtiens depuis la République dominicaine et dénonce des violations présumées des droits fondamentaux dans le cadre de certaines opérations de déportation.
Organisation haïtienne engagée dans la défense et la promotion des droits humains, Défenseurs Plus affirme être présente sur le terrain, notamment le long de la frontière haïtiano-dominicaine, où ses équipes documentent les arrivées de personnes rapatriées.
Selon les données recueillies par le Collectif, 9 527 personnes ont été rapatriées au point frontalier de Belladère au cours du mois de juillet 2026.
La situation s’est aggravée en août. 10 156 personnes ont été rapatriées vers Haïti par le point frontalier de Belladère, dont 9 212 adultes, comprenant 6 978 hommes et 2 234 femmes, ainsi que 944 mineurs.
La présence de ces mineurs, dont plus de 200 enfants non accompagnés, suscite de sérieuses préoccupations au sein de l’organisation quant au respect du principe de l’intérêt supérieur de l’enfant et des garanties de protection applicables aux enfants séparés de leur famille.
Défenseurs Plus estime que tout transfert d’un enfant doit être effectué dans le respect de sa dignité et de son intégrité physique et psychologique, tout en garantissant les mesures nécessaires à sa protection et, lorsque cela s’avère nécessaire, à sa réunification familiale. Le Collectif souligne que le renvoi de mineurs non accompagnés dans des conditions précaires peut les exposer à des risques de traite, d’exploitation, de violences et d’autres formes d’abus.
La situation des femmes et des autres personnes présentant des besoins spécifiques préoccupe également le Collectif. Les données recueillies font état de 74 femmes enceintes, 7 filles enceintes, 150 femmes allaitantes et 6 filles mères parmi les personnes rapatriées en août.
Pour Défenseurs Plus, l’expulsion de personnes présentant de tels besoins spécifiques, sans garanties suffisantes en matière de protection et de prise en charge, constitue une atteinte grave à leur dignité et à leurs droits fondamentaux.
Au-delà des statistiques, l’organisation dénonce surtout le caractère massif et, selon elle, insuffisamment individualisé de certaines opérations de déportation.
Le Collectif rappelle que le droit international des droits humains encadre strictement les expulsions et interdit les expulsions collectives. Selon Défenseurs Plus, toute mesure d’éloignement doit notamment respecter les garanties procédurales applicables, permettre un examen individuel de la situation de chaque personne concernée et garantir l’accès à des recours effectifs.
L’organisation appelle également au respect des engagements prévus dans le Protocole d’accord de 1999 relatif aux mécanismes de rapatriement entre Haïti et la République dominicaine, notamment ceux portant sur les modalités de rapatriement et la notification des autorités haïtiennes compétentes.
Défenseurs Plus reconnaît les efforts déployés à la frontière par les institutions haïtiennes et les organisations humanitaires pour accueillir, documenter et orienter les personnes rapatriées.
Cependant, le Collectif estime que l’assistance humanitaire ne saurait se substituer aux obligations juridiques des États. Face à l’ampleur des arrivées, il réclame une réponse institutionnelle, diplomatique et humanitaire plus structurée.
Face à cette situation, le Collectif Défenseurs Plus exige notamment :l’arrêt des expulsions collectives et arbitraires, ainsi que le respect des garanties procédurales applicables ;
une protection particulière pour les enfants non accompagnés, les femmes enceintes, les femmes allaitantes et toute personne nécessitant une assistance ou des soins spécifiques ;
l’exécution effective des décisions judiciaires relatives aux violations commises contre les ressortissants haïtiens ;
une action diplomatique ferme auprès des autorités dominicaines, afin d’exiger le respect des accords bilatéraux et des droits fondamentaux des ressortissants haïtiens ; la mise en place d’un mécanisme durable d’accueil, d’assistance juridique, de protection et de réintégration des personnes rapatriées.
À travers cette prise de position, Défenseurs Plus appelle les autorités haïtiennes et dominicaines à renforcer leur coopération afin de garantir que les opérations de rapatriement se déroulent dans le respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux.