Idées

Un simple changement suffit-il pour faire oublier le drame de Kenscoff ?

Dans la nuit du 23 au 24 août 2026, les membres de la coalition criminelle dénommée « Viv Ansanm » ont perpétré une attaque sanglante à Kenscoff. Près d’une cinquantaine de personnes ont perdu la vie dans ce massacre, qui, selon plusieurs autorités locales, était prévisible. Ces dernières évoquent notamment les menaces et les annonces publiques faites avant l’attaque par des membres des groupes armés.

Ce drame épouvantable a suscité une profonde vague d’indignation au sein de la population. Mais au-delà de l’émotion, une question fondamentale demeure : Pourquoi un tel laxisme face aux menaces des bandits ?

En dépit des services de renseignement dont disposent les autorités, aucune disposition suffisamment efficace n’a été prise pour empêcher cette tragédie. La Primature et le haut commandement de la Police nationale d’Haïti (PNH) se sont essentiellement contentés de réagir après le drame, alors que plusieurs éléments laissaient présager une offensive imminente.

En guise de réponse, les autorités ont procédé à un changement à la tête de la juridiction policière de Kenscoff. Jean-Pierre Ketler Mariceau a été installé comme nouveau responsable. Il remplace à ce poste l’inspecteur Nikenson Cadet, vivement critiqué pour sa gestion de la sécurité dans cette commune régulièrement prise pour cible par les groupes armés. La PNH a officialisé cette décision dans une note publiée jeudi soir.

La cérémonie d’installation a été présidée par le directeur départemental de l’Ouest de la PNH, le commissaire divisionnaire Yvon Cantave, en présence de plusieurs responsables des forces de sécurité.

Cette nomination intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement difficile pour Kenscoff, où les populations civiles vivent depuis plusieurs mois dans la peur et l’incertitude.

Mais une question s’impose : une simple nomination suffit-elle à rendre justice aux citoyens lâchement assassinés par les hors-la-loi ?

La réponse est clairement non.

L’ancien responsable de la juridiction policière ne saurait, à lui seul, porter la responsabilité d’un échec sécuritaire d’une telle ampleur. Certes, sa gestion peut faire l’objet de critiques et d’une évaluation rigoureuse. Mais le drame de Kenscoff révèle surtout un échec institutionnel et une responsabilité qui dépasse largement le cadre d’un commissariat.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, tout comme le directeur général a.i. de la PNH, ne peut être totalement exonéré de cette responsabilité. La lutte contre le grand banditisme à Kenscoff ne relève pas des seules compétences d’un commissaire ou d’un responsable de juridiction. Elle engage toute la chaîne de commandement et, au-delà, la capacité de l’État à anticiper les menaces, à protéger les populations et à intervenir efficacement.

Changer un responsable après un massacre peut donner l’impression que l’État agit. Mais changer un homme ne change pas nécessairement un système.

Les familles des victimes ne réclament pas seulement des nominations. Elles veulent des réponses, de la justice et surtout la garantie que leurs proches ne seront pas morts en vain.

Le pays doit se mobiliser pour dire non aux massacres récurrents, non à l’impunité et non à la banalisation de la violence. Le constat devient de plus en plus difficile à ignorer : malgré les discours et les changements de responsables, les populations continuent de payer le prix fort de l’insécurité.

La situation a trop duré.

Kenscoff ne doit pas devenir un massacre de plus dans une longue liste de tragédies oubliées.