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Haïti, c’est pas ma part !

Haïti, c’est pas ma part !

Depuis tantôt trois jours, soit du *17 octobre 2025* jusqu’à aujourd’hui, *Mélissa* bat son plein dans les Caraïbes.
S’il s’avère désastreux en raison des dégâts, il révèle surtout un Haïti plongé dans l’inhumanité de ses citoyens : empathie zéro.

Selon les recensements provisoires de l’instance de protection civile, vingt morts et disparus ont été dénombrés, parmi eux six ou huit enfants.
Sur les médias en ligne, sur les pages de nos concitoyens, pullulent les photos des cadavres de ces enfants — mais ce n’est nullement par désir d’informer, seulement pour montrer qu’on détient “l’information”.

Sommes-nous une nation ?
Ou devrions-nous revoir la définition de *nation*, que l’on considère comme un ensemble de personnes partageant des valeurs et des liens communs, un désir de vivre ensemble sur un même territoire ?
Parmi ces valeurs figurent l’empathie et l’amour du prochain.

Donc, chaque parent ayant perdu son enfant… à eux la douleur !?
La vie continue pour nous tous ?
Ces photos déchirantes qu’on expose sur la toile, elles ne vous disent rien ?
Elles ne font naître chez vous ni compassion ni tristesse ?

Celle qui m’a le plus marquée, c’est celle d’une femme penchée sur sa fille morte, couverte de boue, la touchant comme pour vérifier si elle est encore en vie.
Dans un souffle, je sentis tout s’arrêter autour de moi.
Je fus glacée.
C’était si poignant.

J’ai eu envie de maudire la misère, de condamner l’État, de critiquer l’imprudence de ces ménages sous ces maisons de fortune.
Mon sang s’est glacé de colère et de peine.
J’ai voulu pleurer, mais je n’ai pas pu.

Et je me suis dit : suis-je plus humaine que les autres ?
Pourquoi personne n’a su exprimer, par un post sur les réseaux, une note, ou je ne sais quel autre moyen, ce qu’il fallait dire, ce qui devait être dit ?

Et d’un coup, j’ai conclu que nous avions perdu notre humanité.
J’ai vite compris la raison de tous nos maux : ce n’est pas que nous ne sommes plus un peuple, mais que nous nous sommes déshumanisés.
Ainsi, nous perdons notre droit d’être un peuple.

*Existons-nous ?*

Cette réflexion m’a aussi permis de mieux comprendre la thèse du cartésianisme :

> « Je pense, donc je suis. » — *Descartes*

Si nous avions eu des gens qui pensaient, qui analysaient, qui percevaient ce dont nous avions besoin… nous serions.
Nous serions des êtres capables d’aimer, de compatir, de partager les peines des autres.
Nous serions humains.

*Haïti, c’est pas ma part.*
Les blagues fusent, les activités suivent leur cours, mais “c’est pas ma part” —
ces mères qui pleurent,
ces pères qui culpabilisent face à l’impuissance qu’ils ont eue pour sauver les leurs,
ces proches qui croulent sous le chagrin que provoquent ces pertes.

Ce n’est pas nouveau, cette attitude.
Depuis longtemps, nous l’affichons.
Comme nous disons : *Zen rantre zen*, mais aujourd’hui, avec le passage de Mélissa, *zen rantre mò.*

Nous marchons dans le sillage d’une dualité que nul ne comprend.

* Mme Shtely D. StF